Cas clinique : Sociopathie avec tournis

Dr Nathalie Marlois, vétérinaire comportementaliste DENV, Présidente de Zoopsy

 

Anamnèse et commémoratifs

Bob, mâle croisé Fox âgé de 6 ans, pesant 11,2 kg est présenté parce qu’il tourne en rond et se mord la queue. De plus, Il attaque les chiens mâles qui lui grognent dessus.

Le tournis avec mordillement de l’extrémité de la queue a commencé il y a 3 ans environ. Cette période correspond à la naissance du premier enfant et à un déménagement. La gravité des lésions caudales est variable mais le tournis continue à s’aggraver avec le temps.


Sémiologie (éléments remarquables)

Comportement alimentaire : les croquettes sont en libre service mais Bob ne mange que quand ses maîtres le regardent.

Comportement somesthésique : Bob tourne et mord sa queue quand il y a des invités, de l’excitation, du bruit. Il le fait devant ses maîtres, en cherchant le contact visuel, et ne s’arrête que quand le calme revient, les maîtres ne peuvent plus l’arrêter. En présence d’invités, il continue à tourner même quand il est mis à l’écart dans le garage. Il ne tourne pas en extérieur. La fréquence des épisodes est de l’ordre de 10 fois par semaine. Les lésions auto-infligées, actuellement modérées (photo1), varient en intensité d’après les maîtres.

 

Comportement éliminatoire : marquage urinaire chez le vétérinaire.

Sommeil : Bob se couche en général dans sa caisse mais va où il veut et va faire un tour dans la chambre de ses maîtres la nuit.

Agressions :

Comportement exploratoire : Bob renifle partout à l’extérieur. Depuis qu’il a été agressé par un Bichon, il attaque les mâles qui le menacent. Ses maîtres le sortent à l’extérieur de moins en moins.

Comportements mixtes : Chevauchements hiérarchiques sur le propriétaire, surtout quand il y a un peu d’excitation.

Relations : Il suit ses maîtres partout, est très demandeur de caresses qu’il obtient. Il interfère sans agressivité dans les relations des maîtres ; en cas de chahut, il tourne autour de sa queue et les maîtres s’arrêtent. Il est doux avec les enfants sauf autour de la caisse. Il tire en laisse et obéit peu.

Développement : Bob a été adopté à 3 mois dans une ferme et considéré comme le bébé du couple jusqu’à l’arrivée du premier enfant.


Bilan des symptômes

Présence de prérogatives hiérarchiques (alimentaires, gestion des contacts, de l’espace), augmentation de la prise de nourriture en présence des maîtres, agressions hiérarchiques et par irritation, chevauchements hiérarchiques sur une personne de même sexe, rituel de demande d’attention évoluant en stéréotypie.


Diagnostics


Traitement


Suivi

Contact téléphonique à 15 jours : Bob est plus apaisé, dort plus, ne présente pas de baisse d’appétit (effet secondaire fréquent), attrape beaucoup moins sa queue : il s’arrête vite et va se coucher à sa place.

Contrôle à 1,5 mois : l’amélioration se poursuit : disparition des tournis, (la queue ne présente plus de lésion). Bob est aussi plus calme, interfère moins dans les relations et jappe moins sur les congénères. Il n’y a pas eu de grognement. Il a perdu 1 kg, dort plus longtemps mais il est vif lors des sorties, il présente quelques claquements de dents (ce qui peut être un signe de surdosage). La bonne amélioration, surtout liée au traitement, n’a pas incité les maîtres à beaucoup s’investir dans la thérapie, ce qui augmente le risque de récidive.

La fluoxétine est diminuée à 1,5 cp de Reconcile 16 mg ®, la thérapie maintenue et complétée : les repas sont donnés après les maîtres, en temps limité et des exercices d’obéissance en promenade en présence de congénères sont initiés.

Contrôle à 4 mois : Bob présente des périodes de rechute avec des symptômes moins marqués : une petite lésion à la queue (photo 2) est visible et le tournis a lieu exclusivement en présence d’invités. La fluoxétine est augmentée (2 comprimés), une coalition des maîtres est proposée pour renvoyer Bob à sa place à l’arrivée des invités, il est ensuite appelé pour venir dire bonjour.

Contrôle à 7 mois : Il n’y a plus de lésions caudales. Une à deux fois par semaine, Bob initie un tournis lors d’excitation mais il s’arrête facilement. Il n’y a pas eu de manifestations agressives. En balade, Bob est plus facilement maîtrisable : Une bagarre avec un congénère venu l’agresser a été régulée sans blessure. Les maîtres sont plus confiants et le sortent plus.

Décision d’arrêt progressif du traitement, malgré un équilibre relationnel fragile. Pas de récidive depuis l’arrêt du traitement.


Discussion

Il n’est pas rare qu’un chien puisse vivre dans un équilibre hiérarchique instable pendant des années, sans présenter de symptôme très gênant pour les maîtres, et qu’il soit déstabilisé lors de changements familiaux. Il bascule alors dans un état pathologique (ici, anxiété intermittente) dont les symptômes déclenchent une demande de consultation.

La hiérarchie est une notion décriée et remise en cause ces dernières années (2) ; cependant, l’expérience clinique montre sa pertinence en médecine comportementale (1,2). Il ne s’agit pas d’instaurer un cadre rigide, violent, mais de clarifier les relations au sein du groupe homme/chien, en s’appuyant sur le positif. Préserver le lien d’attachement et les activités partagées est indispensable.

La sociopathie n’est pas synonyme d’agression, elle peut prendre des formes variées ; la consultation de comportement permet d’établir un diagnostic, de préciser l’origine des symptômes (ici du tournis) et d’adapter la prise en charge qui doit être individualisée.


Bibliographie

1- Mege C. et coll Pathologie comportementale du chien Ed Masson Paris 2003, 319p

2- Schilder M.B.H et al. Review. Dominance in domestic dogs revisited : Useful habit and Useful construct ? Journal of Veterinary Behavior 9 (2014) 184-191