Quel est votre diagnostic ?

Dr Thomas DULAURENT, Dr Pierre-François ISARD (CHV Saint-Martin)

Un chat sacré de Birmanie femelle de 4 ans a été présenté en consultation de médecine interne pour plusieurs épisodes d’hyperthermie depuis quelques semaines. Le patient présentant des manifestations générales très probablement liées à une affection systémique, un examen du fond d’œil a été pratiqué. La photographie montre l’aspect du fond d’œil gauche mais les deux yeux présentaient un aspect identique.

 

Observations

Comme pour tout examen du fond d’œil, il convient d’évaluer méthodiquement les structures qui le composent : tête du nerf optique, vascularisation rétinienne, région du tapis, région hors tapis.

La tête du nerf optique est ronde et bien délimitée, à bords nets. Les vaisseaux rétiniens cheminent partiellement sur sa périphérie mais disparaissent en son centre. La vascularisation rétinienne est composée de vaisseaux rouge sombre qui naissent de la papille. Les trois vaisseaux de gros calibre sont les veines rétiniennes. Les nombreux vaisseaux de petit calibre sont les artères rétiniennes.

La région du tapis s’étend ventralement à la papille mais surtout dans la partie dorsale du fond d’œil. Le tapis donne un aspect jaune-vert brillant au fond d’œil. Des travées rouge vif, en coup d’ongle, sont visibles dorsalement à la papille, en région médiale et en région latérale.

La région hors tapis est dépigmentée et montre la vascularisation choroïdienne, composée de nombreux vaisseaux rouge vif, de gros calibre, à disposition grossièrement radiaire, orientée vers la tête du nerf optique.

 

Interprétation et discussion

L’aspect de ce fond d’œil est assez fréquent chez les sacrés de Birmanie. Il s’agit d’un aspect normal. Les éléments qui peuvent prêter à confusion sont les images en coup d’ongle, ainsi que la visualisation presque complète de la vascularisation choroïdienne dans la région hors tapis.

Les images en coup d’ongle sont liées à deux phénomènes combinés.

Le premier est l’absence de tapis dans ces zones. Rappelons que le tapis est un empilement de plusieurs couches de cellules appelées iridocytes, dans l’épaisseur de la choroïde. Ces cellules fonctionnent à la manière d’un miroir et réfléchissent la lumière, en théorie pour améliorer l’imprégnation photonique de la rétine en conditions de faible luminosité. La distribution de ces cellules constituant le tapis est éminemment variable et il arrive même que certaines zones du tapis soient dépourvues de ces cellules. Ces plages forment alors une zone d’ « hypoplasie du tapis ». L’hypoplasie du tapis laisse apparaitre le reste de la choroïde sous-jacente.

Le deuxième est le fait que la choroïde n’est pas ou peu pigmentée chez cet animal, laissant apparaitre la vascularisation choroïdienne, très riche par ailleurs.

Les images en coup d’ongle sont donc la combinaison d’une hypoplasie du tapis et d’une dépigmentation choroïdienne. Leur aspect rouge est lié au contenu des vaisseaux choroïdiens. La disposition radiaire est un pur hasard.

La visualisation presque complète de la vascularisation choroïdienne dans la région hors tapis est liée à l’absence de pigmentation choroïdienne. Habituellement, la choroïde agit à la manière d’une chambre noire par sa très forte pigmentation (couches tissulaires très riches en pigment). Chez certains sujets, la pigmentation choroïdienne est réduite voire absente. La dépigmentation de la choroïde permet la visualisation de ses vaisseaux. Chez ce chat, la pigmentation choroïdienne était absente, laissant voir l’ensemble de la vascularisation. Les vaisseaux apparaissent alors plus clairs et plus larges que les vaisseaux rétiniens, et dans un plan plus profond. Il s’agit d’une variation physiologique appelée subalbinisme.

Rappelons que l’epithélium pigmentaire de la rétine est dépigmenté en regard de la région du tapis et pigmenté dans la région hors tapis, quel que soit le degré de pigmentation de la choroïde (contrairement à une notion très largement répandue dans la littérature, qui veut que l’épithélium pigmentaire soit dépigmenté lorsque la choroïde est dépigmentée). En conclusion ce chat ne présentait pas de manifestation oculaire de l’affection générale responsable de son hyperthermie. Ce cas illustre néanmoins la difficulté fréquente à différencier les images physiologiques et pathologiques lors d’examens du fond d’œil.

 

Bibliographie

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