Ophtalmologie
Quel est votre diagnostic ?

Dr Thomas DULAURENT, DMV, DESV, CES - Dr Pierre-François ISARD, DMV, DESV, CES (CHV Saint-Martin)

 

Un chien Yorkshire Terrier mâle de 13 ans a été présenté en consultation de contrôle, 8 jours après une chirurgie de la cataracte. Cette consultation de routine avait pour objectif de vérifier certains paramètres post opératoires comme la vision, la fonction pupillomotrice, la transparence des milieux, l’aspect du fond d’œil et, la pression intraoculaire. La photographie a été prise après mydriase pharmacologique obtenue par instillations locales de tropicamide 0.5%.

1- Quelles sont les lésions observées ?

2- Ces lésions pénalisent-elles le pronostic visuel  ?

3- Quelle attitude adopter ?


 

1- Quelles sont les lésions observées ?

La cornée présente une petite taie linéaire en région dorsale, cicatrice de la kératotomie perforante nécessaire à la phacoémulsification. Cette lésion n’a aucun caractère de gravité et son identification, courante après ce type de procédure, n’appelle pas de traitement particulier.

La pupille est ronde et régulière, dilatée par l’administration d’un mydriatique à visée diagnostique. Aucune lésion n’est visible sur l’iris.

La capsule antérieure (floue sur la photographie), est transparente. Elle est percée en son centre par le capsulorhexis antérieur, assez régulier, de forme globalement ronde.

La capsule postérieure est le siège de deux anomalies. La première et la plus sérieuse est une rupture capsulaire de forme ronde, de faible diamètre, localisée en région ventrale. A cette rupture est associée la formation de plis capsulaires à disposition radiaire, orientée vers la brèche.

Le trou capsulaire postérieur peut être réalisé de façon voulue par le chirurgien, notamment dans le cas de fibrose capsulaire postérieure, afin de libérer parfaitement l’axe visuel. Cependant dans la majorité des cas, la rupture capsulaire postérieure est accidentelle et survient pendant l’opération lorsque la pièce à main du phacoémulsificateur est mal utilisée et positionnée trop profondément dans le sac cristallinien. La grande fragilité de la capsule postérieure rend malheureusement sa rupture très facile. L’opération de la cataracte a normalement pour objectif de conserver l’intégrité de la capsule postérieure pour faciliter la mise en place d’un implant souple d’une part, mais aussi et surtout pour maintenir la séparation anatomique entre le segment antérieur (rempli par de l’humeur aqueuse) et le segment postérieur (rempli par de l’humeur vitrée aux propriétés rhéologiques très différentes). Dans le cas de rupture accidentelle de la capsule postérieure, la mise en place d’un implant intraoculaire reste possible mais très technique. Ici, aucun implant n’a été mis en place dans le sac capsulaire suite à la déchirure capsulaire.

 

2- Ces lésions pénalisent-elles le pronostic visuel ?

Une étude réalisée par une équipe américaine a évalué le risque de complications lié à la survenue d’une rupture accidentelle de la capsule postérieure du cristallin pendant une opération de la cataracte par phacoémulsification en comparaison des capsulorhexis postérieurs intentionnels, et des procédures à la fin desquelles la capsule postérieure était intègre (244 yeux au total). Les résultats de l’étude ont montré que la survenue des complications était statistiquement équivalente quel qu’ait été le statut de la capsule postérieure. Les rares complications relevées étaient une hypertension post opératoire, une uvéite, un décollement de rétine.

Au cours de la visite de suivi à 8 jours du cas de ce petit York Shire, la vision a été considérée comme normale avec une bonne réponse à la menace et à l’éblouissement, et des tests visuels concluants (test à la boule de coton, parcours d’obstacles, placés visuels). La fonction pupillomotrice avant dilatation était normale. La pression intraoculaire était normale. Aucun signe d’inflammation n’a été relevé.

 

3-Quelle attitude adopter ?

L’attitude à adopter consiste à assurer un suivi régulier afin de surveiller la survenue d’éventuelles complications. Habituellement, la chirurgie de cataracte nécessite un suivi à 8 jours puis à 3 semaines, puis à 2-3 mois. Ici, la prudence exigerait un suivi hebdomadaire le premier mois, puis mensuel les trois mois suivants.

Le traitement médical post opératoire ne doit pas être différent de celui habituellement prescrit suite à une opération de la cataracte non compliquée (Traitements antibiotique et antiinflammatoire locaux et généraux).

 

Bibliographie :

Sabine Chahory, Bernard Clerc, Julie Guez and Moez Sanaa. Intraocular pressure development after cataract surgery: a prospective study in 50 dogs (1998–2000). Veterinary Ophthalmology 2003; 6: 105–112

Nancy Johnstone and Daniel A. Ward. The incidence of posterior capsule disruption during phacoemulsification and associated postoperative complication rates in dogs: 244 eyes (1995–2002). Veterinary Ophthalmology 2005; 8: 47-50

David A. Wilkie, Sarah Stone Hoy, Anne Gemensky-Metzler and Carmen M. H. Colitz.Safety study of capsular tension ring use in canine phacoemulsification and IOL implantation. Veterinary Ophthalmology 17 OCT 2014, DOI: 10.1111/vop.12232

Thierry Azoulay, Thomas Dulaurent, Pierre-François Isard, Nathalie Poulain, Frédéric Goulle. Immediately sequential bilateral cataract surgery in dogs: a retrospective analysis of 128 cases (256 eyes). Journal Français d’Ophtalmologie 2013; 36: 645-51.

Michael E. Paulsen and Philip H. Kass. Traumatic corneal laceration with associated lens capsule disruption: a retrospective study of 77 clinical cases from 1999 to 2009. Veterinary Ophthalmology 2012; 15: 355-368.