Imagerie : Quel est votre diagnostic ?
Syncope et toux chez un chien âgé

Aline Gay, DMV, assistante Unité d'Imagerie Médicale (CHV Saint-Martin)
Rachel Buttin, DMV, Unité d'Imagerie Médicale (CHV Saint-Martin)

 

 

Un chien mâle entier Ratier de 15 ans est présenté en consultation pour un essoufflement et une toux évoluant depuis 2-3 mois. Le propriétaire rapporte un épisode de syncope.

L'examen clinique révèle un souffle systolique apexien gauche de grade 6/6. Des tremblements généralisés gênent l’auscultation respiratoires. La palpation abdominale est tendue. Aucune anomalie n'est mise en évidence à la biochimie sanguine et à l’hémogramme.
Des radiographies thoraciques (ventro-dorsale et profil droit) sont réalisées.

 

1. Quels sont les informations apportées par les radiographies ?

2. Quels examens complémentaires vous semble appropriés ?

3. Quelles sont vos hypothèses diagnostiques ?

 

1. Quels sont les informations apportées par les radiographies ?

On observe un déplacement de l’apex cardiaque vers la droite sur la vue de face et un déplacement dorsal de la silhouette cardiaque sur la vue de profil. Les contours cardiaques ne sont pas masqués. Le médiastin n’est pas élargi. La trachée est également discrètement déviée à droite. Une masse graisseuse est suspectée dans l’espace pleural gauche.

 

2. Quel examen complémentaire vous semble approprié ?

Un examen tomodensitométrique est réalisé pour évaluer précisément l'étendue de la masse et les possibilités chirurgicales.

 

Il révèle la présence d'une masse d'opacité graisseuse, homogène, peu vascularisée et non rehaussée en post-contraste. Elle comble la moitié ventrale de l'hémi-thorax gauche. Les poumons sont partiellement collabés et le cœur est déplacé à droite.

 

3. Quels sont vos hypothèses diagnostiques ?

Un lipome pleural (tumeur bénigne graisseuse) est fortement suspecté au scanner. Un liposarcome est peu probable car la masse est homogène et peu vascularisée mais ne peut être totalement exclu.

Une exérèse chirurgicale est conseillée pour permettre la réexpansion pulmonaire. Une récidive est cependant à craindre.

 

Discussion :

Les lipomes sont les tumeurs mésenchymateuses les plus fréquentes. Ce sont des tumeurs bénignes adipeuses. Elles sont fréquentes chez le chien âgé, principalement dans des localisations sous-cutanées et sont rarement symptomatiques. Cependant d'autres localisations sont possibles et plus problématiques : la cavité thoracique, la cavité abdominale, le canal médullaire, la vulve et le vagin. Les symptômes apparaissent alors lorsque les organes adjacents sont comprimés par la masse graisseuse.
Certains lipomes peuvent être infiltrant localement. Une exérèse chirurgicale est généralement curative mais des récidives locales sont possibles. Dans certains cas, les lipomes peuvent être infiltrant localement et donc présenté un comportement agressif local malgré un aspect histologique bénin.

Les liposarcomes sont des tumeurs malignes peu communes chez les chiens âgés. Les liposarcomes ne résultent pas de la transformation maligne d’un lipome. Ils sont principalement retrouvés en sous-cutané (surtout ventralement et au niveau des extrémités).

La différenciation lipomes/liposarcomes se fait en fonction de leur aspect morphologique et de leurs caractéristiques histologiques. Les liposarcomes sont plus fermes et mal délimités. Ils sont plus infiltrants localement mais possèdent un faible potentiel métastatique (poumons, foie, rate et os).
Le diagnostic de certitude repose sur l’analyse histologique.

 

Bibliographie

1. Withrow and coll. Small Animal Clinical Oncology. Ed : Saunders : 2007

2. Woolfson JM and coll. Intrathoracic lipoma in a dog. J Am Vet Med Assoc : 1984

3. Ben-Amotz and coll. Pericardial lipoma in a geriatric dog with an incidentally discovered thoracic mass. JSAP : 2007