Dermatologie : Quel est votre diagnostic ?
Dermatose ulcérative des jonctions cutanéo-muqueuses de la face

Émilie Vidémont-Drevon, DMV, Unité de Dermatologie (CHV Saint-Martin)

 

Une chienne Boxer âgée de 10 ans est présentée en consultation de dermatologie pour des lésions faciales apparues 3 mois avant la consultation.
Elle vit en maison en région annécienne et n’a jamais voyagé en zone d’endémie de leishmaniose. Elle ne présente aucun antécédent notable.
Les lésions sont limitées aux jonctions cutanéo-muqueuses de la face et semblent asymptomatiques. La chienne est, par ailleurs, en bon état général.
Une antibiothérapie a été mise en place sans succès.

Boxer de 10 ans présentant une atteinte infiltrante et ulcérative limitée aux jonctions cutanéo-muqueuses de la face

 

1. Décrire les lésions visibles sur les photographies.

2. Quel est le diagnostic différentiel de ce type de lésion ?

3. Quelle est l’hypothèse principale, l’examen complémentaire de choix et le pronostic ?

 

1. Décrire les lésions visibles sur les photographies.

On note un érythème ainsi qu’un épaississement marqué conférant un aspect turgescent, infiltré aux lésions.
Des érosions, des ulcérations et des croûtes sont présentes.
L’atteinte concerne les jonctions cutanéo-muqueuses de la face : canthi internes des yeux, truffe et babines.

 

 

2. Quel est le diagnostic différentiel de ce type de lésion ?

Des lésions infiltrées et ulcératives concernant les jonctions cutanéo-muqueuses de la face peuvent avoir plusieurs origines [1]:

 

 

3. Quelle est l’hypothèse principale, l’examen complémentaire de choix et le pronostic ?

L’hypothèse principale sur un animal âgé face à cette présentation clinique (lésions présentant un caractère très infiltré) est un lymphome cutané épithéliotrope [2]. Le diagnostic repose sur l’examen histopathologique de biopsies cutanées [3]. Le pronostic est sombre, ce type de lymphome répondant très mal à la chimiothérapie. La médiane de survie dépasse rarement quelques mois [4, 5,6].

 

Références

1. Pin D. Conduite à tenir lors de dermatose nodulaire et ulcerative chez le chien et le chat. Nouv Prat Vét 2002; 9: 9-12.

2. Calmon JP. Lymphome cutanéo-muqueux épithéliotrope. Point Vét 2003; 239: 56-61.

3. Magnol JP, Ghernati I, Marchal T, Chabanne L, Delverdier A, Fournel C. Données cliniques, morphologiques et immunophénotypiques ) partir de 10 observations de lymphome T cutanéo-muqueux épidermotrope du chien (analogue du Mycosis fongoïde). Intérêt d’une modèle animal de pathologie spontanée. Bull Acad Natle Méd 1996 ; 180 : 449-62.

4. De Lorimier LP. Updates on the management of canine epitheliotropic cutaneous T-cell lymphoma. Vet Clin Small Anim 2006; 36: 213-28.

5. Fontaine J, Bovens C, Bettenay S, Mueller RS. Canine cutaneous epitheliotropic T-cell lymphoma: a review. Vet Comp Oncol 2009; 7: 1-14.

6. Fontaine J, Heimann M, Day MJ. Canine cutaneous epitheliotropic T-cell lymphoma: a review of 30 cases. Vet Dermatol 2010; 21: 267-75.