Dermatologie : Quel est votre diagnostic ?

Émilie Vidémont-Drevon, DMV, Unité de Dermatologie (CHV Saint-Martin)

 

Un husky sibérien mâle âgé d’un an et demi est présenté pour des squames et des croûtes sur les pavillons auriculaires, les babines et les paupières évoluant depuis 8 mois.

 

Le chien vit en maison avec un autre chien et des chats. Il est nourri avec des croquettes physiologiques, est correctement traité contre les parasites externes et ne présente aucun antécédent. Aucun prurit n’est rapporté. Aucune contagion humaine ou animale n’a été constatée.

Une culture fongique, réalisée en début d’évolution, s’est révélée négative. Une antibiothérapie systémique (céfalexine) et topique (acide fusidique), un régime d’éviction à base de croquettes hydrolysées et des soins locaux à la chlorhexidine n’ont pas apporté d’amélioration durable.

1. Décrire les lésions visibles sur les photographies.

2. Quel est le diagnostic différentiel de ce type de lésion ?

3. Quel est l’examen complémentaire de choix et quel traitement proposer ?

1. Décrire les lésions visibles sur les photographies.

 

L’examen dermatologique met en évidence un érythème associé à des squames, des croûtes et une hypotrichose. Les lésions sont localisées sur les pavillons auriculaires, les babines et les paupières.

 

2. Quel est le diagnostic différentiel de ce type de lésion ?

La race de l’animal, l’âge d’apparition et l’aspect clinique orientent préférentiellement vers une dermatose répondant au zinc. Le diagnostic différentiel inclut, essentiellement, des causes infectieuses (pyodermite, dermatite à Malassezia, moins probablement ectoparasitose) et immunologiques : adénite sébacée granulomateuse et pemphigus foliacé.

 

3. Quel est l’examen complémentaire de choix et quel traitement proposer ?

Le diagnostic d’une dermatose répondant au zinc repose sur l’examen histopathologique de biopsies cutanées. Celui-ci révèle une dermatite squamo-croûteuse avec hyperkératose parakératosique majeure. Le dosage du zinc dans le sérum n’est pas fiable car les contaminations (tubes, seringues …) et les interférences avec les autres éléments du sang sont fréquentes.

La dermatose répondant au zinc concerne essentiellement les races nordiques chez lesquelles il semble exister un déficit génétique pour l’absorption intestinale du zinc. L’âge d’apparition des lésions est variable avec une moyenne de 3,5 ans sans prédisposition sexuelle.

Le traitement repose sur une supplémentation en zinc. Actuellement, seules des formes orales humaines permettent d’apporter une quantité journalière suffisante de zinc, le gluconate de zinc (Rubozinc®) est le plus fréquemment utilisé. L’ajout initial de glucocorticoïdes, à dose anti-inflammatoire, permet d’améliorer la réponse au traitement en augmentant l’absorption intestinale du zinc et procure un effet anti-inflammatoire intéressant initialement. La prescription de soins locaux antiséborrhéiques ou antimicrobiens si des complications infectieuses sont présentes, est recommandée.

L’amélioration des signes cliniques s’effectue en 3 à 6 semaines. Dans le cas contraire, une augmentation de la dose de zinc administré ou une administration intramusculaire ou intraveineuse peuvent être envisagées.

 

Références

1. Colombini S. Canine zinc-responsis dermatosis. Small Animal Practice. 1999; 29: 3-12.

2. Colombiani S, Dunstan RW. Zinc-responsive dermatosis in northern-breed dogs: 17 cases (1990-1996). J Am Vet Med Assoc 1997; 211: 451-453.

3. Degryse AD, Fransein J, Van Cutsem J, et al. Recurrent zinc-responsive dermatosis in a Siberian Husky. J Small Anim Pract 1987; 28: 721-726.

4. Romanucci M, Bongiovanni L, Russo A, et al. Oxidative stress in the pathogenesis of canine zinc-responsive dermatosis. Vet Dermatol 2011; 22: 31-38.

5. White SD, Bourdeau P, et al. Zinc-responsive dermatosis in dogs: 41 cases and literature review. Veterinary Dermatology. 2001; 12: 101-109.