Dermatologie : Quel est votre diagnostic ?
Dermatose ulcérative des jonctions cutanéo-muqueuses de la face

Joanna Bertrand, DMV (CHV Saint-Martin)
Émilie Vidémont-Drevon, DMV, Unité de Dermatologie (CHV Saint-Martin)

 

Un caniche nain mâle entier de 6 ans est présenté pour une alopécie non inflammatoire, non prurigineuse, bilatérale et symétrique affectant initialement la face postérieure des cuisses et le cou. Une extension tronculaire ainsi qu’une xérose cutanée sont apparues dans un second temps, sans atteinte de la tête et des extrémités. Aucune répercussion sur l’état général n’est rapportée.

L’animal est en ordre de vaccination, de vermifugation et reçoit mensuellement un traitement contre les parasites externes. Il vit en appartement, sans autre animal. Il voyage régulièrement en zone endémique de leishmaniose. Il ne présente aucun antécédent médical. Il est nourri avec une alimentation mixte sèche et humide. L’alopécie ne présente pas de variation saisonnière. L’examen clinique général est dans les normes.

 

1. Sur la base du signalement, de l’anamnèse et des photographies, quelles sont vos hypothèses diagnostiques ?

2. Quels sont les examens complémentaires à envisager ?

3. Quel traitement envisager? Quel est le pronostic ?

1. Sur la base du signalement, de l’anamnèse et des photographies, quelles sont vos hypothèses diagnostiques ?

Face à une alopécie non inflammatoire, non prurigineuse, bilatérale et symétrique du corps, respectant la tête et les extrémités, sans symptôme général associé, plusieurs hypothèses peuvent être envisagées [1] :

Notons que les autres dysendocrinies (syndrome de Cushing, hypothyroïdie) sont peu probables en raison de l’absence de signes généraux.

 

2. Quels sont les examens complémentaires à envisager ?

L’examen du produit de raclages cutanés permet d’exclure une démodécie. Une échographie testiculaire et un dosage des hormones sexuelles (œstradiol, testostérone, progestérone) sont réalisés pour rechercher une dysendocrinie sexuelle. Dans le cas présenté ici, les résultats de ces examens complémentaires ne sont pas compatibles avec cette hypothèse.

L’examen histopathologique met en évidence une dermatose atrophiante avec de nombreux follicules pileux en « flamme ». Ceci est fortement évocateur d’une alopécie X.

 

3. Quel traitement envisager? Quel est le pronostic ?

La pathogénie de l’alopécie X a longtemps été discutée. Il semble, désormais, que cette dermatose soit liée à une production excessive de certaines hormones sexuelles par les glandes surrénales. Toutefois, le dosage des hormones sexuelles – afin d’explorer cette hypothèse – est le plus souvent décevant. En effet, leur synthèse est pulsatile et les hormones en cause ne sont classiquement pas dosées en pratique (17-hydroxyprogestérone, progestérone, androsténédione et déhydroépiandrostérone).
Le diagnostic est donc un diagnostic d’exclusion qui repose sur des signes anamnestiques, cliniques et histopathologiques évocateurs de l’alopécie X.

Plusieurs traitements sont cités dans la littérature mais aucun consensus n’est établi. Tous ont pour but d’intervenir sur la synthèse des hormones sexuelles surrénaliennes, voire gonadiques.
Lorsque l’animal est entier, la première option est souvent la castration chirurgicale. En faisant baisser la quantité d’hormones sexuelles présentes dans l’organisme, elle permet une repousse du poil dans 60 à 80 % des cas. Des rechutes peuvent malheureusement être constatées après quelques mois.
Lorsque l’animal est stérilisé ou lors de refus de chirurgie par les propriétaires (cela a été le cas ici), la pose d’un implant d’acétate de desloréline (Suprélorin ®), un analogue de la GnRH, est une option intéressante. Celui-ci va permettre une inhibition de la synthèse de LH et de FSH à l’origine de la sécrétion des stéroïdes sexuels, à la fois gonadiques et surrénaliens. Cette option a été choisie ici, permettant une repousse du poil après quelques mois. L’implant doit ensuite être régulièrement renouvelé.
Les traitements agissant directement sur les glandes surrénales – trilostane (Vétoryl®) notamment – sont envisageables mais risquent d’induire des effets secondaires alors que le préjudice lors d’alopécie X n’est qu’esthétique.
D’autres traitements reposent sur l’utilisation de mélatonine, de méthyltestostérone, de mitotane, de GnRH, de fulvestrant, d’acétate de médroxyprogestérone ou encore sur l’application de micro-aiguilles (Dermaroller®) sur les zones alopéciques [2 ; 3 ; 4].

 

1. N.COCHET-FAIVRE, P. PRELAUD, F. DEGORCE-RUBIALES. Cycle pilaire et alopécie X chez le chien. Pratique médicale et chirurgicale de l’animal de compagnie, 2008 ; 43 : 21-31.

2. F. ALBANESE, E. MALERBA, F. ABRAMO, V. MIRAGLIOTTA, F. FRACASSI. Deslorelin for the treatment of hair cycle arrest in intact male dogs. Vet Dermatol, 2014; 25: 519- 522.

3. S. STOLL, C. DIETLIN, CS. NETT-METTLER. Microneedling as a successful treatment for alopecia X in two Pomeranian siblings. Vet Dermatol, 2015 ; 26 : 387- 390.

4. LA. FRANK, JB. WATSON. Treatment of alopecia X with medroxyprogesterone acetate. Vet Dermatol, 2013 ; 24 : 624- 627.