Actualité bibliographique en dermatologie :
traitement de la dermatite atopique canine

Dr Émilie VIDEMONT-DREVON, DMV (CHV Saint-Martin)

 

Depuis 2001, un groupe d’experts, appelé, depuis quelques années, groupe ICADA pour International Committee on Allergic Diseases of Animals se réunit régulièrement afin d’émettre des recommandations concernant le diagnostic et la prise en charge de la dermatite atopique canine (DAC)[1]. Les recommandations de ce groupe sont régulièrement mises à jour et donnent lieu à des articles publiés dans des revues internationales, ceux-ci sont recensés sur le site internet de l’ICADA (www.icada.org). En 2010, un article concernant le traitement de la DAC a été traduit en français, il est disponible gratuitement sur le site Veterinary Dermatology [2], cet article a été mis à jour il y a quelques mois [3].

Bouledogue français atopique avant traitement

Bouledogue français atopique après gestion des complications infectieuses et traitement à base de ciclosporine

 

Voici les principales recommandations concernant le traitement de la DAC

Les experts distinguent la prise en charge des épisodes aigus de DAC et le traitement de fond de cette dernière.

Lors de poussée de DAC, il convient tout d’abord d’identifier et d’éliminer un éventuel facteur déclenchant ou aggravant en recherchant une exposition à un tropho- ou un aéroallergène et en renforçant, s’il convient, le traitement antiparasitaire externe. Il est également important de rechercher et traiter de façon appropriée les complications infectieuses, bactériennes et fongiques, fréquemment en cause dans les poussées de DAC. La réalisation hebdomadaire d’un shampoing apaisant et émollient (contenant notamment des lipides, de la phytosphingosine, des huiles essentielles….) est également bénéfique. En cas de crise marquée, le recours à une corticothérapie – topique (Cortavance©) ou systémique – est justifié.

Le traitement de fond comprend également différents axes. Un traitement antiparasitaire rigoureux et constant doit être instauré, de préférence avec un antiparasitaire présentant une vitesse d’action rapide contre les puces. Les formes orales doivent être privilégiées en cas de shampoings réguliers, la fréquence d’application des spot-on doit être adaptée le cas échéant. Un régime d’éviction doit être mis en place pendant 8 à 10 semaines pour évaluer le rôle de l’alimentation.

L’état et l’hygiène de la peau et du pelage doivent être améliorés via la réalisation de shampoings non irritants. Aucune étude ne permet, pour l’instant, de démontrer, la supériorité, d’un shampoing par rapport à un autre. Une supplémentation avec des acides gras essentiels ou l’application de formulations topiques à base de lipides peuvent contribuer à renforcer la barrière cutanée qui est altérée lors de DAC.

La désensibilisation est une méthode efficace et présentant peu d’effet secondaire pour la gestion au long court de la DAC. Elle nécessite au préalable une identification des allergènes pouvant aggraver la dermatite atopique de l’animal, via la réalisation de tests cutanés. Le dosage des IgE sérique manque actuellement de standardisation pour être recommandé.

Le recours aux dermocorticoïdes ou au tacrolimus est intéressant lors de lésions localisées. Les dermocorticoïdes peuvent être utilisés de façon intermittente, par exemple deux jours consécutifs par semaine (« weekend therapy ») pour prévenir les crises. Une utilisation continue risque d’induire une atrophie cutanée.

Les traitements systémiques préconisés comprennent les corticoïdes, la ciclosporine et l’oclacitinibe. Les corticoïdes agissent rapidement, sont peu onéreux mais risquent d’induire des effets secondaires sur le long terme. Le traitement à la ciclosporine donne généralement de bons résultats, il doit être débuté à 5 mg/kg/j jusqu’à l’obtention d’une amélioration satisfaisante (en 4 à 8 semaines) puis la dose peut être progressivement diminuée. Des troubles digestifs peuvent être observés lors de l’instauration du traitement et disparaissent, le plus souvent, après quelques jours à quelques semaines. L’oclacitinibe permet également de bien contrôlé le prurit lors de DAC et conduit à une amélioration plus rapide que celle obtenue avec la ciclosporine. Là encore, la recherche de la plus petite dose efficace est nécessaire sur le long terme. Cette molécule semble présenter peu d’effets secondaires lors d’utilisation prolongée.

Les antihistaminiques présentent une efficacité modérée chez le chien mais pourraient, dans certains cas, permettre de diminuer la dose de corticoïdes ou de ciclosporine.

Les preuves manquent actuellement pour recommander les autres traitements parfois cités dans la littérature : injections sous-cutanées d’interféron, masitinibe…

Golden retriever atopique avant traitement

Golden retriever atopique après 6 mois de désensibilisation

 

Références

1. Olivry T et coll. Evidence-based veterinary dermatology: a systematic review on the pharmacotherapy of canine atopic dermatitis. Vet Dermatol 2003; 14: 121-46.

2. Olivry T et coll. Treatment of canine atopic dermatitis: 2010 clinical practice guidelines from the International Task Force on Canine Atopic Dermatitis. Vet Dermatol 2010; 21:233-48.

3. Olivry T et coll. Treatment of canine atopic dermatitis: 2015 updated guidelines from the International Committee on Allergic Diseases of Animals (ICADA). BMC Vet Res2015;11:210.