Médecine interne :
Cas de corps étranger pulmonaire

Dr Anne-Charlotte Barrot (Service de médecine interne) et Dr Rachel Buttin (Service d’imagerie), CHV Saint-Martin

 

Cas clinique

Anamnèse :

Un chien Braque mâle non castré de 11 ans est présenté pour toux apparue brutalement, il y a 10 jours. La toux est grasse et en quinte plusieurs fois par jour. Les radiographies thoraciques ne montrent aucun changement significatif. Un traitement à base d’antibiotiques (amoxicilline et acide clavulanique) et d’antiinflammatoire (méloxicam) n’a pas montré d’amélioration et a été arrêté quelques jours avant la présentation.

En dehors de sa toux, il n’y a pas d’autres signes cliniques rapportés par la propriétaire.

Il est bien vacciné et vermifugé. Il est toujours resté dans la région et n’a pas d’antécédent médical.

 

Examen physique :

Il a un bon état général. La toux est facilement déclenchable à la palpation de la trachée. Un souffle cardiaque systolique apexien gauche grade I/VI associé à une arythmie sinusale est mis en évidence. La température rectale est de 39.1°C.

Le reste de l’examen est dans les limites de la normale.

 

Hypothèses diagnostiques :

Les causes les plus probables sont infectieuses avec ou non un corps étranger ou moins probable néoplasique.

Examens complémentaires :

Un bilan sanguin est réalisé en regard de son âge avant l’anesthésie. Tous les résultats sont dans la limite de la normale.

Le scanner thoracique révèle une lésion bronchique intéressant la bronche souche du lobe caudal gauche et associée à une structure intraluminale suggérant un corps étranger localisé dans une bronche secondaire.

Image transverse du thorax montrant l’épaississement de la paroi de la bronche principale du lobe caudal gauche (flèches)

 

Reconstruction dorsale du thorax montrant la bronche du lobe caudal gauche et le corps étranger intraluminal (flèche) à l’origine d’une bronche secondaire. On note aussi l’épaississement pariétal de la bronche principale du lobe caudal gauche.

Une endoscopie respiratoire est réalisée pour retirer le corps étranger et faire un lavage bronchoalvéolaire. Une petite branche est retirée sous endoscopie à la localisation déterminée par le scanner.

 

Corps étranger rétiré dans une bronche secondaire du lobe caudal gauche.

Les résultats du lavage bronchoalvéolaire montrent la présence de Pseudomonas aeruginosa. L'antibiogramme révèle une sensibilité uniquement à la gentamicine.

 

Traitement:

Le chien est mis sous gentamicine par inhalation (Pangram®) 3 fois par jour pour au moins un mois.

 

Suivi :

La toux présente à l’admission a diminué, puis cessé 7 à 10 jours après le début du traitement. En raison de la cause (présence d’un corps étranger) et de la bonne réponse au traitement, aucun contrôle radiographique n’a été réalisé et le traitement antibiotique a été arrêté après 1 mois. Suite à l’arrêt du traitement, aucune dégradation n’a été rapportée.

 

Discussion

1. Quand suspecter un corps étranger inhalé ?

Les corps étrangers inhalés provoquent une pneumonie focale qui répond, le plus fréquemment, initialement aux traitements antibiotiques (1). Cependant, des rechutes s’observent suite à l’arrêt du traitement.

Il s’observe le plus souvent chez des chiens jeunes et sportifs (1). Notre cas déroge donc à la règle (chien de 11 ans).

Quand on observe des changements radiographiques (voir 2ème point), un pattern alvéolaire focal est souvent présent. Parfois, quand le corps étranger migre, nous pouvons observer un pneumothorax ou un épanchement pleural (2). Cet épanchement est un pyothorax (voir 3ème point).

 

2. Sensibilité du scanner thoracique versus radiographies thoraciques :

Un tiers des patients présentant un corps étranger dans les voies respiratoires, ne présentent pas d’anomalie à la radiogaphie thoracique(2-3). Plus généralement, les lésions pulmonaires, pleurales ou médiastinales ne sont pas toujours visibles radiographiquement. La réalisation d’un scanner thoracique permet de mettre en évidence des lésions pulmonaires ou bronchiques avec une plus grande sensibilité et d’évaluer avec précision leur localisation, répartition et extension (4).

Ces informations sont essentielles pour établir le diagnostic mais également pour déterminer la démarche à suivre. Dans le cas d’un corps étranger bronchique, il permettra de déterminer s’il est retirable ou non par bronchoscopie et de le localiser précisément dans l’arbre bronchique.

 

3. Intérêt de l’endoscopie respiratoire pour le retrait d’un corps étranger des voies respiratoires et l’association avec le lavage bronchoalvéolaire :

Dépendamment de la localisation du corps étranger, l’endoscopie respiratoire peut être un très bon moyen non invasif de le retirer chez le chien comme le chat (2). En effet, les corps aétrangers restent souvent dans la carina ou dans les bronches caudodorsal principal (lobe accessoire, lobes caudaux droit ou gauche).

De plus, un corps étranger inhalé est vecteur de bactéries et de champignons dans les poumons et est associé à une pneumonie focale (1). Il est donc important de cumuler l’endoscopie respiratoire avec un lavage broncho-alvéolaire. Les bactéries les plus fréquemment mis en évidence lors de corps étranger inhalé sont : Pasteurella, Streptococcus, Nocardia, Actinomyces et les bactéries anaérobiques (1, 5). De plus, ces bactéries peuvent avoir développées des résistances suite aux traitements antibiotiques précédents. La culture est donc toujours associée à un antibiogramme.

 

Bibliographie:

1- J.D. Dear, Bacterial pneumonia in dogs and cats, Vet. Clin. Small Anim 2014, 44, P 143-159.

2- A.C. Tenwolde and co, The Role of Bronchoscopy in Foreign Body Removal in Dogs and Cats: 37 Cases (2000–2008), JVIM 2010, 24(5), P 1063-1068.

3- R.M. Schultz and co. Radiographic, computed tomographic, and ultrasonographic findings with migrating intrathoracic grass awns in dogs and cats, Vet Rad Ultrasound 2008, 49, P 249-255.

4- A.B. Prather and co, Use of radiography in combinaison with computed tomography for the assessment of noncardiac thoracic disease in the dog and cat, Vet. Radiol & Ultrasound 2005, 46(2), P 114-121.

5- R.M. Schultz and co, Radiographic, computed tomographic, and ultrasonographic findings with migrating intrathoracic grass awns in dogs and cats. Vet Radiol Ultrasound 2008, 49(3): 249-255.