Trachéostomie définitive chez les brachycéphales

Dr Antoine BERNARDÉ, DMV, MSc, DESV, Dipl. ECVS (CHV Saint-Martin)

 

Le Dr Bernardé a réalisé une étude rétrospective concernant les indications, suivis à court et long termes, et améliorations techniques de trachéostomies définitives réalisées chez des brachycéphales opérés pour certains au sein du Centre Hospitalier.

Introduction :

La trachéostomie, avec ou sans canule, est une solution temporaire ou définitive qui peut être envisagée en cas de collapsus laryngé sévère associé au syndrome brachycéphale. Le suivi à long terme (supérieur à 6 mois) est peu documenté. Cette étude avait pour but de décrire les indications, les techniques, les soins, et l’évolution à court et long termes de trachéostomies sans canule suivies pendant plus de 18 mois.

Matériel et méthode :

Les chiens opérés pour un syndrome brachycéphale et ayant subi une trachéostomie entre 2002 et 2011 ont été retenus pour l’étude lorsqu’un suivi d’au moins 18 mois était possible préférentiellement par examen clinique, à défaut par interview téléphonique du ou des propriétaires. Un recensement des indications et des variantes techniques, ainsi que des complications rencontrées a été réalisés.

Résultats :

Au cours de la période considérée, 185 chiens ont été opérés pour rhinoplastie et palatoplastie dans le cadre du syndrome brachycéphale, et 13 d’entre-eux ont subi une trachéostomie. Tous présentaient un collapsus laryngé sévère, dont 8 avec éversion des ventricules laryngés. Leur mise en réveil après la palatoplastie et rhinoplastie, et quelquefois excision de la muqueuse éversée des ventricules laryngés, a été suivie d’une cyanose aiguë après l’extubation. Suite à une ré-intubation en urgence, le patient était stabilisé sous anesthésie gazeuse avec 100% d’oxygène. La décision de trachéostomie a été prise lorsque trois tentatives d’extubations se sont à chaque fois soldées par un échec, avec nécessité de ré-intuber et oxygéner rapidement le sujet. Onze des 13 cas ont pu être suivis pendant au moins 2 ans (25 à 60 mois, moyenne 33 mois), dont 7 ont été revus physiquement au terme du suivi. Les deux autres sujets sont décédés avant 24 mois, l’un des suites d’une tumeur surrénalienne décelée tardivement environ 6 mois après la trachéostomie, l’autre par noyade dans la piscine des propriétaires à 2 mois. Sur les 11 cas ayant survécu plus de 2 ans, 8 étaient des Carlins et 3 des Bouledogues Français. Les Carlins étaient sur-représentés dans cet échantillon de chiens ayant nécessité une trachéostomie, alors que cette race ne constituait que 22% seulement de la population totale des chiens brachycéphales prise en charge sur la même période. Aucun Bouledogue Anglais n’a eu à subir une trachéostomie, bien que cette race représentait 6% de la population totale. L’âge des sujets s’étalait de 18 à 62 mois (moyenne de 34 mois). Chacune des trachéostomies a eu vocation à être permanente : aucune d’entre-elle n’a pu être refermée sans recréer de sérieuses difficultés respiratoires. La trachéostomie a été réalisée selon la technique de Hedlund, avec trois variantes concernant la mise en tension de la peau autour du site, sans résection cutanée (Photo 1), par résection cutanée ventrale (Photo 2), par résection dorsale (Photo 3).La résection dorsale a été la meilleure garante d’une absence de complication, en particulier d’une absence de sténose et d’une sténose retardée. Le suivi à court terme a montré chez tous une production péri-stomatique mucoïde abondante, nécessitant des soins locaux réguliers et nombreux pendant les 8 à 12 premiers jours. Dans tous les cas, ces productions se sont taries spontanément vers le 10ème jour et la gestion de l’orifice respiratoire a été ensuite plus facile. Tous les propriétaires ont été satisfaits de la qualité de vie de leur compagnon, tant que l’orifice respiratoire est resté ouvert. La complication la plus fréquente, quasiment inéluctable, a été la sténose progressive de l’orifice. Cette fermeture spontanée progressive de l’orifice respiratoire s’est produite avant 6 mois pour 5 des 11 cas, entre 6 et 12 mois pour 2 cas, entre 12 et 24 mois pour 2 cas, et à 55 mois pour 1 cas. Dans tous les cas, la sténose a entrainé des difficultés respiratoires et les propriétaires ont souhaité une réouverture de la trachéostomie. Différentes approches ont été évaluées pour y parvenir : l’introduction d’une canule de trachéostomie combinée à la réalisation d’une nouvelle stomie (Photo 4) a été la meilleure option pour garantir un confort de vie au sujet, tout en demandant des soins accrus aux propriétaires pour gérer la maintenance de la perméabilité du tube.

 

Discussion - Conclusion :

La trachéostomie permet aux sujets atteints de collapsus laryngé sévère de retrouver un bon confort de vie, tant que l’orifice respiratoire ne se referme pas, et tant qu’ils ne vont pas se baigner. La production de mucus péri-stomatique, impressionnante les premiers jours, diminue de façon classique au bout de 10 à 15 jours. La sténose du site intervient moins rapidement lorsqu’une résection cutanée cervicale importante est réalisée dorsalement à la trachéostomie proprement dite. En cas de sténose, le recours à une canule de trachéostomie est requis.

Bibliographie

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