Quel est votre diagnostic : Incontinence chez une chienne de race Beauceron de 6 mois

Dr Rachel Buttin, Service d’Imagerie Médicale (CHV Saint-Martin) - Dr Julie Brossard

 

Une chienne Beauceron non stérilisée de 6 mois est présentée pour incontinence urinaire depuis son acquisition à 3 mois. Les propriétaires rapportent la présence de petites flaques d’urine retrouvées sur ses lieux de couchage. Elle est en bon état général. L’examen clinique ne révèle pas d’anomalie.

 

Questions

1. Compte tenu de ces éléments,
quelles sont les principales hypothèses diagnostiques ?

2. Quels examens complémentaires sont à réaliser ?

3. Quel traitement proposeriez-vous ?

 

Réponses

1. Compte tenu de ces éléments,
quelles sont les principales hypothèses diagnostiques ?

Compte tenu l’âge de la chienne et la symptomatologie, l’hypothèse principale est une malformation du tractus urinaire. Il convient d’écarter une infection urinaire, une vaginite, ou un trouble comportemental qui pourraient provoquer des troubles de la miction. La symptomatologie de ces affections diffère cependant de celle associée aux malformations urétérales.

Il existe plusieurs anomalies congénitales touchant le tractus urinaire : uretères ectopiques, urétérocèle, incompétence ou hypoplasie urétrale, vessie en position intrapelvienne, malformation vaginale...

Les uretères ectopiques représentent l’anomalie congénitale la plus fréquente, même si leur incidence reste faible dans la population canine. Plusieurs anomalies peuvent être concomitantes.

 

2. Quels examens complémentaires sont à réaliser ?

L’analyse des urines prélevées par cystocentèse associée à une analyse bactériologique, est l’examen de choix pour exclure une cystite. Dans le cas de cette chienne, l’analyse urinaire n’a rien révélé.

Afin d’explorer l’hypothèse d’une anomalie congénitale, la réalisation d’un examen d’imagerie est nécessaire. Différents examens sont possibles : une urographie rétrograde ou une échographie urinaire sont souvent réalisées en première intention, une cystoscopie ou un scanner avec urographie peuvent être envisagés en première ou deuxième intention.

Pour ce cas, une échographie de l’appareil urinaire a permis de mettre en évidence une structure cavitaire intravésicale entourée d’une fine paroi située en regard de l’abouchement urétéral gauche. L’uretère et la cavité pyélique ipsilatéraux sont fortement dilatés. Une urétérocèle associée à un mégauretère et une hydronéphrose secondaires sont ainsi diagnostiqués. La papille vésico-urétérale droite n’étant pas visualisée lors de l’échographie, un uroscanner est réalisé pour exclure une ectopie urétérale droite. Un uretère ectopique intramural est suspecté grâce à cet examen.

Une fois le diagnostic posé, il est nécessaire de vérifier la fonction rénale, voire de réaliser un bilan biochimique et hématologique complet. Pour cette chienne, la fonction rénale était bonne.

 

3. Quel traitement proposeriez-vous ?

La seule option thérapeutique est une correction chirurgicale. Une stabilisation médicale avant toute intervention est conseillée en cas d’insuffisance rénale.

Dans ce cas, l’urétérocèle est ouverte après cystotomie ventrale et réséquée. Une ligature du trajet intramural est réalisée pour l’uretère droit. Dès le lendemain, la chienne était continente. Elle est rentrée chez elle 24h après l’opération.

 

Le pronostic vital est bon si aucune insuffisance rénale n’est présente. Le pronostic de récupération fonctionnelle est réservé. En effet, une incontinence peut persister dans 50 à 60% des cas. La mise en place d’une hormonothérapie, voire d’un sphincter vésical artificiel est parfois nécessaire pour mettre un terme à l’incontinence.

 

Discussion

Une incontinence chez un animal de quelques mois, en particulier chez la femelle, doit faire évoquer une malformation congénitale du tractus urinaire. Les principales malformations retrouvées chez nos carnivores domestiques sont les uretères ectopiques. Certaines races semblent être prédisposées mais toutes les races, mêmes mixtes, peuvent être concernées (1,2).
Plusieurs malformations peuvent être associées et les autres causes d’incontinence sont à exclure. La présentation clinique des ectopies urétérales est parfois plus insidieuse et que dans le cas présenté. Les signes cliniques peuvent se limiter à des pertes urinaires seulement la nuit ou sur des chiens de plusieurs années (3).

Afin de confirmer la suspicion clinique un examen d’imagerie est indispensable.
La radiographie avec produit de contraste a longtemps été la méthode de choix pour diagnostiquer les uretères ectopiques. Cependant, cet examen, même s’il reste accessible à un grand nombre de praticiens, reste un examen fastidieux et peu précis pour localiser l’abouchement des uretères. L’échographie est moins chronophage et permet de visualiser plus précisément les reins, la vessie et les uretères s’ils sont dilatés. En revanche, l’abouchement des uretères est souvent difficile à visualiser.

L’angioscanner et la cystoscopie sont les examens les plus sensibles pour diagnostiquer les uretères ectopiques. Ces deux examens sont souvent complémentaires pour détecter les abouchements urétéraux.
La cystoscopie permet une excellente visualisation de l’abouchement des uretères et permet aussi d’observer d’autres anomalies vésicales. La sensibilité est très bonne. Cependant, si elle est choisie pour visualiser l’abouchement des uretères, il convient néanmoins de l’associer à l’échographie afin d’évaluer l’aspect des reins et des uretères car d’autres anomalies sont fréquemment rencontrées et elles ne pourront être observées par cystoscopie.
Le scanner permet une excellente visualisation tridimentionnelle du trajet des uretères et la localisation de leur abouchement. Il permet également de visualiser toutes les structures composant l’appareil urinaire ce qui n’est pas le cas pour la cystoscopie (4,5).

Il convient toutefois de réaliser un bilan biochimique avant la réalisation de ces deux examens et de stabiliser l’animal au besoin car ils nécessitent une anesthésie générale.

 

Bibliographie :

[1] Sutherland-Smith J et al, Ectopic ureters and ureteroceles in dogs : presentation, cause and diagnosis, in Compendium Avril 2004, www.VetLearn.com

[2] Fisher J., Lane F.J., Chapter 76 Micturition disorder in Nephrology and urology of Small animals, Bartges and Polzins, Blackwell Publishing; 2011

[3] Thomas P.C., D.A. Yool, Delayed-onset urinary incontinence in five female dogs with ectopic ureters, Journal of Small Animal Practice. 2010; 51: 224–226

[4] Davidson A.P., Westropp J.L., Diagnosis and management of urinary ectopia. Vet Clin Small Ani. 2014; 44 : 343–353

[5] Secrest S., Britt L., Cook C., Imaging diagnosis-bilateral orthotopic ureteroceles in a dog, in Vet Radiol Ultrasound. 2011; 52: 448-50