Angiostrongylose

Katarina Slivkova, DVM, Anne-Charlotte Barrot, DVM, IPSAV, Dipl. ACVIM (CHV Saint-Martin)

 

Un chien Petit Munsterland (chien de chasse) de 1 an et 3 mois est est référé au service de Médecine interne pour abattement, anorexie depuis 1 semaine et hémorragies sous conjonctivales apparues brutalement 2 jours auparavant.

 

Examen clinique et examens complémentaires

L’animal est abattu, déshydraté à 7%, normotherme. En dehors des hémorragies sclérales bilatérales, son examen clinique ne révèle aucune anomalie.
Dans un premier temps, un hémogramme et un bilan de coagulation ont été effectué (Tableau 1) et révélait une légère anémie normochrome, normocytaire, non régénérative, numération plaquettaire dans les valeurs usuelles (confirmée au frottis) ainsi qu’une augmentation du temps de Quick, temps de céphaline activé et du temps de Thrombine

 

Les radiographies thoraciques ont montré un pattern interstitiel diffus avec une opacification pulmonaire péribronchique et bronchique plus marqué dans les lobes caudaux.

 

Un test sanguin rapide pour la détection de l’infection par Angiostrongylus vasorum (Angio DetectTM) s’est révélé positif.

Questions

1. Comment interpretez-vous les résultats de temps de coagulation ?

2. Quels types de troubles de coagulation sont associés à une angiostrongylose ?

3. Quel traitement proposez-vous ?

 

Réponses

1. Comment interpretez-vous les résultats de temps de coagulation ?

Notre patient présente une augmentation des temps de Quick, de Céphaline activé et de Thrombine ce qui traduit une coagulation intravasculaire disséminée (CIVD).

Une CIVD est un syndrome caractérisé par une microthrombose systémique qui peut progresser vers des hémorragies fatales. Une cause sous jacente est à l’origine de ce syndrome. Ces causes provoquent une inflammation systémique, une nécrose tissulaire, une perte d’intégrité vasculaire et/ou une hémolyse. Pour avoir un diagnostic de CIVD, il faut au moins 3 critères parmi les suivants: thrombocytopénie, augmentation du temps de Quick, augmentation du temps de Céphaline kaolin, diminution du dosage d'antithrombine, augmentation de Thrombine, augmentation des D-dimères ou augmentation des produits de dégradation de la fibrine [1].

Dans les formes chroniques (compensées), l’activation du système de régulation se fait de manière continue et permet ainsi à l’organisme de s’adapter en augmentant sa production de plaquettes et de facteurs de la coagulation. Les signes cliniques sont alors discrets [2].

 

2. Quels types de troubles de coagulation sont fréquemment associés à une angiostrongylose ?

Même si les problèmes respiratoires sont les plus fréquement rapportés, les troubles de coagulation sont les deuxième manifestations les plus souvent observés chez les animaux atteint l’angiostrongylose. Pétéchies, ecchymoses, ainsi que des hématomes extensifs, hémothorax et même hémoabdomen peuvent être présents avec cette maladie. Plusieurs voies de coagulation sont touchées [3].

Les deux grandes anomalies de la coagulation les plus fréquentes sont une thrombocytopénie à médiation immunitaire ou une CIVD.

La présence de parasites provoque la libération de facteurs antigéniques responsables d’une CIVD par activation de la cascade de coagulation.

 

3. Quel traitement proposez-vous ?

Le traitement de cette helminthose est spécifique et symptomatique. Le traitement spécifique est un traitement anthelminthique.

L’utilisation de divers anthelmintique a été décrit dans la littérature, parmi lesquels fenbendazole (25-50 mg/kg, une fois par jour, pendant 5-21 jours), milbemycin oxime (0,5mg/kg une fois par semaine, pendant quatre semaines) et imidaclopride 10%/moxidectine 2,5% spot-on (dose topique unique de 0 ,1 ml/kg) sont les plus fréquement utilisés. L’étude comparant le traitement de l’imidaclopride 10%/moxidectine 2,5% spot-on à fenbendazole (25mg/kg pendant 20 jours) a montré une efficacité similaire. Cependant, cette étude a exclu les cas graves d’angiostrongylose [5].

Imidaclopride 10%/moxidectine 2,5% spot-on a été prouvé efficace et est actuellement autorisé pour l’utilisation prophylactique contre angiostrongylose.

L’ivermectine et le levamisole peuvent avoir des effects secondaire. Des réactions anaphylactiques due à l’élimination rapide des parasites ont été décrits après le traitement avec levamisole ce que rend son administration dangereuse [3].

Notre patient a été traité avec Fenbendazole 50 mg/kg une fois par jour pendant 15 jours. Celui-ci est préférable grâce à son action plus lente, ce qui réduit le risque de réactions indésirables.

 

Le traitement symptomatique dépend de la sévérité des symptômes. Une supplémentation en oxygène dans les cas présentant les troubles respiratoires sévères est recommandée en début de traitement. L’administration concomitante de corticoïdes est conseillée pour réduire les risques d’anaphylaxie et de formations de complexes-immuns, observables en début de traitement spécifique et qui peuvent être responsables d’un choc hypovolémique grave et de détresse respiratoire pouvant être fatale [4].

Ils peuvent être utiles dans des cas de thrombocytopénie immunitaire et peuvent réduire l’inflammation et la fibrose pulmonaire secondaire. Un repos strict pendant toute la durée du traitement est important également [3].

Lors de la CIVD décompensée, une transfusion de sang frais doit être réalisée.

 

Bibliographie :

1. E. Rudloff & R. Kirby, Disseminated Intravascular Coagulation: Diagnosis and Management, Kirk’s XIV chapter 61, 287-291

2. Mele CM. : Traitement des CIVD compensées du chien : comparaison des modifications biologiques lors de l’emploi d’heparine ou d’un placebo. Thèse. 2001.

3. Moeremans I. et coll. Canine angiostrongylus vasorum, Vlaams Diergeneeskundig Tijdschrif. 2011 ; 80.

4. Chuzel T. : Un cas d’angiostrongylose chez une jeune chienne. Point Vét. 2003 ; 238:68-72.

5. Willesen JL. et coll. : Efficacy and safety of imidacloprid/moxidectin spot-on solution and fenbendazole in the treatment of dogs naturally infected with Angiostrongylus vasorum. Vet Parasitol, 2007 ; 147: 258-264.